La diatomite : une ressource née du volcan, au cœur de l’industrie française

Née il y a plusieurs millions d’années au cœur des paysages volcaniques du Cantal, la diatomite est une ressource aussi discrète que stratégique. À Virargues, cette roche issue d’algues microscopiques raconte une histoire singulière : celle d’un territoire façonné par le volcanisme, d’un patrimoine industriel pionnier et d’une ressource aujourd’hui au cœur des enjeux de souveraineté française.
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Une formation géologique exceptionnelle

La diatomite s’est formée patiemment, il y a plusieurs millions d’années, à partir de l’accumulation de diatomées, des algues unicellulaires capables de fixer la silice dissoute dans l’eau pour constituer une carapace minérale. Dans certaines conditions très particulières – eaux calmes, forte luminosité, abondance de silice – ces micro-organismes se sont déposés en couches successives, donnant naissance à une roche à la fois extrêmement poreuse, légère et stable. Le site de Sainte-Reine sur Virargues, à proximité de Murat, réunissait précisément ces conditions. Les travaux géologiques menés au XXe siècle ont montré que ce bassin correspondait à un ancien lac installé dans un cratère d’explosion volcanique, formé à la suite de l’activité intense du massif cantalien.

La diatomite du Cantal est l’une des plus pures d’Europe

Les épisodes glaciaires successifs ont ensuite recouvert et protégé le gisement, le préservant des phénomènes d’érosion. Grâce à cette histoire géologique exceptionnelle, la diatomite s’est accumulée sur une épaisseur remarquable, faisant de la diatomite du Cantal l’une des plus pures et des plus homogènes d’Europe.

Du cratère volcanique à l’industrialisation

Dès la fin du XIXe siècle, cette richesse naturelle attire l’attention. En 1893, Jean Pagès-Allary, industriel et érudit originaire de Murat, identifie le potentiel du site et réalise les premiers sondages et essais de transformation. Il met rapidement en évidence les propriétés isolantes exceptionnelles de la diatomite, à une époque où l’industrie naissante cherche des matériaux capables de résister au feu, à la chaleur et aux chocs. En 1904, une usine voit le jour à Murat, puis, en 1949, à Riom-ès-Montagnes. Une filière locale d’extraction et de transformation se structure et la diatomée cantalienne fait alors l’objet de publications scientifiques, suscitant l’intérêt bien au-delà de la région.

Une matière aux propriétés uniques, des usages multiples

Au fil du XXe siècle, les usages se multiplient et se diversifient, passant d’une utilisation pour de l’isolation thermique à des utilisations plus ciblées de filtration pour la pharmacie, l’agroalimentaire, la santé, les biotechnologies… Après extraction, la diatomite est séchée, broyée, triée puis calcinée à très haute température. Réduite en poudre, elle devient un composant indispensable dans de nombreux procédés de filtration industriels, où sa porosité et sa stabilité font la différence.

Une ressource au cœur des enjeux de souveraineté

Aujourd’hui encore, cette ressource locale illustre un enjeu majeur : celui de la souveraineté industrielle française et européenne. Dans un contexte de dépendance accrue aux matières premières importées, la diatomite du Cantal rappelle que certains matériaux stratégiques existent sur le sol national. Héritage géologique, aventure humaine et industrielle, elle incarne un patrimoine vivant, à la croisée de l’histoire des territoires et des défis contemporains.

4 personnalités au cœur de la diatomite cantalienne

Frère Héribaud-Joseph (1841 – 1917)
Religieux et botaniste auvergnat, il fut l’un des plus grands spécialistes français des diatomées. À la fin du XIXe siècle, ses travaux sur les diatomées fossiles d’Auvergne révélèrent une diversité exceptionnelle — plus de 1 100 espèces identifiées — et contribuèrent à la reconnaissance scientifique des gisements cantaliens.

Jean Pagès-Allary (1863 – 1926)
Industriel, érudit et archéologue muratais, il découvre le gisement de Sainte-Reine et en mesure très tôt le potentiel industriel. Dès 1903, il défend la diatomite comme un isolant stratégique capable d’affranchir la France des importations allemandes de Kieselguhr (terre de diatomée), à la veille de la Première Guerre mondiale.

Franck Bruckberger (1871 – 1928)
Ingénieur d’origine autrichienne, il participe au développement industriel de la diatomite à Murat. Arrêté et interné en 1914 en tant que ressortissant ennemi, il est spolié de ses biens, illustrant les tensions géopolitiques qui entourent alors cette ressource stratégique.

Jean Delpirou (1867 – 1967)
Architecte et industriel cantalien, fondateur de la Silice Française, il met la diatomite au service de l’effort de guerre en 1916. Ses matériaux isolants sont utilisés pour la marine et l’armement, inscrivant durablement la diatomite du Cantal dans l’histoire industrielle nationale.

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